lundi, juillet 22, 2024
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Le trafic des animaux sauvages :  une réglementation biaisée

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Le trafic des animaux sauvages :  une réglementation biaisée

La crise sanitaire a remis sous les projecteurs les enjeux liés au commerce des animaux sauvages qui rapporte aujourd’hui autant voire plus que le trafic de drogues ou d’armes. Loin d’être en perte de vitesse, ces échanges représentent désormais une menace majeure pour la biodiversité, posent d’importants problèmes de santé publique et soulèvent des questions éthiques légitimes.

 

L’activité humaine est en train de plonger le monde dans une 6ème extinction de masse. La biodiversité est en crise, notamment à cause de la perte des habitats, de la pollution, du changement climatique, sans oublier le commerce et le trafic d’animaux sauvages.

Après la perte des habitats, l’exploitation directe de la faune est l’activité humaine la plus dommageable pour la biodiversité mondiale. Cette pratique, très ancienne, est loin de se ralentir. Si le commerce de l’ivoire a précédé celui de l’or, aujourd’hui l’ampleur du trafic animalier menace la viabilité de milliers d’espèces sur Terre.

Chaque année, des millions d’individus de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens mais aussi de poissons, de coraux, de coquillages et autres invertébrés sont commercialisés pour répondre à une demande toujours grandissante à l’échelle mondiale.

La gravité et l’ampleur du commerce illicite d’espèces sauvages et de produits dérivés de la faune ont été reconnues à l’échelle de politiques internationales. Les dirigeants, la communauté internationale et la société civile ont réagi en définissant et en renforçant les engagements à prendre pour lutter contre ce trafic.

 

Une réglementation certes, mais sélective

Contrairement à certaines idées reçues, le commerce international d’animaux sauvages n’est pas interdit et ne se limite pas à quelques espèces emblématiques. Il représente une manne financière très importante avoisinant chaque année les 100 milliards de dollars. Le commerce illégal représente environ un quart de ce montant, soit au moins 7 à 23 milliards de dollars. Il est aussi rentable voire plus que le trafic de drogues ou d’armes.

La coopération internationale pour réduire le commerce des espèces sauvages a abouti à la création de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES) en 1975. Mais malheureusement cela ne suffit pas.

Seulement 5 800 espèces animales sont concernées par le CITES, sur les 116 177 espèces sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) qui ne confère malheureusement aucune protection légale. Ce qui veut dire qu’une espèce peut être en danger d’extinction et ne pas faire l’objet d’une réglementation de son commerce international. Il faut en moyenne dix ans pour qu’une espèce classée menacée d’extinction par l’UICN soit inscrite en annexe de la CITES.

Ces 10 dernières années, la France a ainsi importé vivants plus de 40 000 tortues russes (Testudo horsfieldii) et près de 25 000 hippocampes dorés (Hippocampus kuda), deux espèces classées vulnérables face au risque d’extinction.

La réglementation est loin d’être parfaite, notamment de par ses biais évidents pour les espèces qui font les gros titres. La CITES se focalise principalement sur le trafic d’espèces charismatiques, ne couvrant que récemment des espèces moins connues. Le tristement célèbre pangolin a ainsi récemment été ajouté à la liste en 2016, ce qui ne l’empêche pourtant pas d’être le mammifère le plus braconné  même après que la réglementation soit rentrée en vigueur.

 

La crise sanitaire a remis sous les projecteurs les enjeux liés au commerce des animaux sauvages qui rapporte aujourd’hui autant voire plus que le trafic de drogues ou d’armes. Loin d’être en perte de vitesse, ces échanges représentent désormais une menace majeure pour la biodiversité, posent d’importants problèmes de santé publique et soulèvent des questions éthiques légitimes.

 

Des milliers d’animaux non-protégés

Des milliers d’espèces manquent encore à l’appel. Malheureusement, les efforts internationaux font généralement l’impasse sur les espèces « de moindre valeur », ce qui entraîne une connaissance limitée du commerce d’animaux moins populaires.

Actuellement, la CITES ne parvient pas à sauvegarder adéquatement de nombreuses espèces, notamment de reptiles. 36% des espèces de reptiles sont sujets à un trafic, quatre fois plus que les 9% d’espèces surveillées via la CITES. Les trois quarts de ce commerce concernent donc des espèces, souvent en voie de disparition ou endémiques, qui ne sont pas couvertes par la réglementation du commerce international.

Le marché des espèces est particulièrement animé par la nouveauté, ce qui veut dire que les espèces récemment découvertes, et donc naturellement faible en densité se retrouvent ciblées. 5,5% des espèces décrites depuis 2000 sont actuellement commercialisées, et jusqu’à 11 espèces dans l’année suivant leur description.

Pourtant la protection des espèces non évaluées devrait être une valeur par défaut. Mais l’absence de réglementation pour la plupart des espèces permet l’importation légale d’individus capturés dans la nature, même menacées d’extinction.

Malheureusement, tout est une question d’argent, comme le soulignent les récentes réunions de la CITES. La surveillance d’un grand nombre d’espèces de faible valeur serait d’un coût prohibitif. Ainsi des milliers d’espèces qui sont victimes de trafic restent largement non surveillées.

 

La crise sanitaire a remis sous les projecteurs les enjeux liés au commerce des animaux sauvages qui rapporte aujourd’hui autant voire plus que le trafic de drogues ou d’armes. Loin d’être en perte de vitesse, ces échanges représentent désormais une menace majeure pour la biodiversité, posent d’importants problèmes de santé publique et soulèvent des questions éthiques légitimes.

 

Une dynamique encore trop peu étudiée

Bien que des prises de conscience commencent à prendre forme et se concrétiser, ce n’est pas le seul problème auquel se confronte la réglementation du trafic d’animaux. En dehors des espèces réglementées et surveillées au niveau international, la dynamique du commerce des espèces sauvages est encore inconnue à l’échelle mondiale.

Les évaluations du commerce des espèces sauvages restent incomplètes, se concentrant trop souvent sur un petit sous-ensemble d’espèces ou d’emplacements (et utilisant souvent des méthodes variables). L’étendue réelle du commerce des espèces sauvages n’est, la plupart du temps, qu’estimatif, autant que l’impact potentiel sur les espèces concernées.

Des lacunes considérables concernant les moteurs, le statut et les impacts de ce trafic mais aussi les efforts de conservation, entravent l’efficacité des efforts réglementaires. Même les données sur les populations restent souvent incomplètes, ce qui signifie que de nombreuses espèces pourraient être commercialisées malgré les risques sur la viabilité des populations.

Des datas plus solides et à jour sont nécessaires si nous voulons avoir des interventions mieux informées, plus efficaces, et surtout plus cohérentes à l’échelle de la politique mondiale. Et la situation devient pressante.

 

La crise sanitaire a remis sous les projecteurs les enjeux liés au commerce des animaux sauvages qui rapporte aujourd’hui autant voire plus que le trafic de drogues ou d’armes. Loin d’être en perte de vitesse, ces échanges représentent désormais une menace majeure pour la biodiversité, posent d’importants problèmes de santé publique et soulèvent des questions éthiques légitimes.

 

Une sous-réglementation qui met en péril des vies animales et humaines

La déconnexion entre la réglementation commerciale et la santé et la viabilité des populations menace potentiellement des milliers d’espèces d’oiseaux, de poissons de reptiles, d’amphibiens et de mammifères. Le commerce d’espèces sauvages non réglementé ou sous-réglementé peut conduire à une exploitation non durable des populations sauvages qui n’est pas sans impact. Propagation de maladies, dérèglement des écosystèmes, mais aussi économie de continents entiers sont en jeu.

En fin de chaine, les impacts négatifs du trafic d’animaux sur le fonctionnement des écosystèmes nuisent à l’existence rurale à court et à long terme. Il crée des obstacles majeurs pour la gestion durable des ressources naturelles par les peuples, affaiblissant davantage leur gouvernance et la sécurité nationale.

Et à l’origine de ces problématiques des lacunes dans la réglementation et les effets sur les populations. Il faudrait réexaminer tout le système actuel et inverser les suppositions en exigeant des preuves sur la viabilité et la durabilité des populations avant que le commerce ne soit autorisé et que les espèces puissent être commercialisées. Il ne faut pas seulement protéger les espèces qui attirent l’attention mais l’ensemble des espèces en difficultés, y compris celles à faibles valeurs financières.

 

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