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Influenza aviaire : pourquoi confiner les volailles ?  

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Influenza aviaire : pourquoi confiner les volailles ?  

Danger sanitaire hautement infectieux, l’influenza aviaire H5N8 a fait son entrée en Europe et, depuis, inquiète. À l’origine d’une mortalité importante chez les oiseaux domestiques et sauvages, le virus aviaire peut induire des pertes économiques conséquentes, mais présente aussi un risque zoonotique. Si aucun cas humain n’a été recensé à ce jour, d’autres virus grippaux peuvent faire le saut. Il est donc important de contenir l’avancée de la maladie au mieux.

 

Les virus de l’influenza ne sont pas nouveaux. La littérature rapporte l’existence de nombreux foyers chez les volailles d’élevage au cours des siècles. Mais ce n’est qu’avec la pandémie de la souche hautement pathogène H5N1, en 1997, que le grand public a pris la mesure du danger. Ces dernières années, le virus H5N1 a beaucoup fait parler de lui en raison du degré de virulence de l’agent pathogène chez les oiseaux, mais surtout de sa capacité à s’étendre aux mammifères et à infecter l’homme. Aujourd’hui, une nouvelle souche fait l’actualité : le virus aviaire H5N8.

 

Qu’est-ce que l’influenza aviaire ?

L’influenza aviaire est une maladie infectieuse hautement contagieuse qui touche les oiseaux domestiques comme sauvages et qui peut, dans sa forme la plus grave, entraîner une mortalité élevée. Causée par des virus influenza de type A, l’affection se décline en plusieurs sous-type viraux qui sont classés selon deux des protéines présentes sur leur enveloppe virale, les hémagglutinines (seize sous-types numérotés de H1 à H16 chez les oiseaux) et les neuraminidases (neuf sous-types numérotés de N1 à N9).

À partir de là, toutes les combinaisons sont possibles. C’est d’ailleurs la grande plasticité des virus influenza A qui les rend si difficiles à combattre. Ils évoluent en permanence, en échangeant leurs gènes ou en acquérant des mutations. Ces événements sont susceptibles de permettre aux virus de contaminer de nouvelles espèces. Certains peuvent ainsi infecter des mammifères tels que le porc, les félidés et le furet, voire, dans certaines conditions, se transmettre à l’homme.

Ces évolutions génomiques permettent également aux virus de “contourner” les défenses immunitaires de l’hôte, animal ou homme, ou de devenir le cas échéant plus virulents. Deux catégories de virus sont distinguées, selon leurs caractéristiques de virulence : les virus faiblement pathogènes (IAFP) et les virus hautement pathogènes (IAHP), ces derniers appartenant tous aux sous-types H5 ou H7.

Si de nombreux facteurs peuvent contribuer à la propagation de ces virus, comme la mondialisation et les échanges commerciaux internationaux, les pratiques d’élevage ou encore les déplacements des oiseaux migrateurs, les volailles d’élevage sont principalement contaminées par contact direct ou indirect avec des oiseaux sauvages infectés ou, lors d’épizootie, en élevage. Les animaux développent alors des symptômes respiratoires, digestifs ou nerveux plus ou moins graves.

L’influenza aviaire est une maladie répertoriée dans la liste du Code sanitaire pour les animaux terrestres de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). De ce fait, les deux sous-types particulièrement agressifs, H5 et H7, doivent être déclarés à l’OIE.

Danger sanitaire hautement infectieux, l’influenza aviaire H5N8 a fait son entrée en Europe et depuis, inquiète. Pouvant entrainer une mortalité importante chez les oiseaux domestiques et sauvages, elle peut de ce fait causer d'importantes pertes économiques, mais présente aussi un risque zoonotique

 

H5N8, la nouvelle souche qui inquiète en Europe

L’influenza aviaire est une maladie qui sévit dans le monde entier, même si les différentes souches virales sont plus ou moins présentes selon les pays. Ainsi, depuis les années 1950, de nombreux épisodes plus ou moins graves sont décrits, liés aux virus hautement pathogènes, touchant des élevages de volailles partout dans le monde.

Si le virus H5N1 a beaucoup fait parler de lui de 1997 aux années 2010, en raison de l’apparition en Asie de foyers importants chez les oiseaux d’élevage et les oiseaux sauvages, c’était aussi pour son potentiel zoonotique. Ces dernières années, ce sont plutôt les virus H5N6, H5N5 ou H5N8 qui sont très répandus et préoccupants, en lien avec leur degré de virulence et leur large propagation, non seulement chez les volailles mais également chez les oiseaux sauvages.

L’épidémie d’IAHP A (H5N8) de 2016-2017 fut notamment la plus grave enregistrée en l’Europe en termes de nombre de foyers épidémiques chez les volailles, d’étendue géographique et de nombre de morts chez les oiseaux sauvages. Elle a entraîné d’importantes conséquences économiques pour l’Union européenne, qui est l’un des plus grands producteurs mondiaux de viande de volaille et un exportateur net de produits à base de volailles, avec une production annuelle d’environ 13,4 millions de tonnes. En Italie, par exemple, 83 foyers d’infection au H5N8 ont été identifiés, 2,7 millions d’oiseaux abattus, et les coûts d’éradication de la maladie se sont élevés à quelque 40 millions d’euros. En France, la production de foies gras a diminué de 30 % sur cette période.

Cette année, de nombreux foyers d’influenza aviaire H5N8 hautement pathogène se sont déclarés en Europe, dans la faune sauvage ou au sein des élevages. La Belgique et la Suède ont récemment confirmé les premiers cas d’IAHP sur leur territoire, les 13 et 16 novembre 2020 respectivement, portant à huit le nombre total de pays européens atteints depuis le début de l’épizootie, le 20 octobre (Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni, Danemark, Irlande, Belgique, France, Suède).

La forte dynamique d’infection par des virus H5 hautement pathogènes (H5N1, H5N5 et H5N8) au sein de l’avifaune sauvage dans l’ouest de l’Europe perdure, et la progression de la maladie avec. Étant donné que la dynamique d’infection est présente dans un couloir actif de migration descendante en amont de la France, cette situation met en alerte les autorités. Le risque d’introduction de ces virus en France est important.

 

Danger sanitaire hautement infectieux, l’influenza aviaire H5N8 a fait son entrée en Europe et depuis, inquiète. Pouvant entrainer une mortalité importante chez les oiseaux domestiques et sauvages, elle peut de ce fait causer d'importantes pertes économiques, mais présente aussi un risque zoonotique

 

Le pic des arrivées migratoires en France a souvent lieu en novembre chez de nombreuses espèces d’anatidés. Mais ces oiseaux ne limitent pas leurs mouvements aux tracés saisonniers prévisibles, ils sont aussi très mobiles durant la totalité de leur période d’hivernage, se déplaçant facilement entre les régions, voire entre les pays, selon les disponibilités alimentaires et les conditions météorologiques. Les autorités appellent donc à une vigilance accrue jusqu’à leur départ en migration prénuptiale vers le nord-est, en fin d’hiver et début de printemps.

Alors qu’il n’existe aucun traitement efficace, la détection précoce de nouveaux foyers ou cas sauvages et l’application de mesures de biosécurité sont les clés pour prévenir la progression des souches virales contagieuses.

Un vaccin existe, mais à l’heure actuelle, la vaccination des animaux est techniquement délicate. Il faut en effet que le vaccin soit bien adapté aux virus présents dans la zone considérée et que la campagne vaccinale ne favorise pas la circulation à bas bruit du virus sauvage chez les oiseaux vaccinés. Pour les États membres de l’Union européenne, la vaccination est interdite et la lutte contre la maladie repose sur le renforcement de la biosécurité.

Mi-novembre, la France enregistrait deux foyers (Haute-Corse et Yvelines) localisés dans des animaleries. Suite à la confirmation d’un premier foyer d’influenza aviaire hautement pathogène H5N8 sur le territoire français, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, a directement mis en place des mesures préventives et décidé de placer l’ensemble du territoire national métropolitain en niveau de risque “élevé” à partir du 17 novembre 2020.

À compter de ce jour, les mesures de prévention suivantes sont rendues obligatoires :

  • claustration des volailles ou protection de celles-ci par un filet avec réduction des parcours extérieurs ;
  • interdiction des rassemblements d’oiseaux (concours, foires, expositions avicoles) ;
  • interdiction des transports et des lâchers de gibiers à plumes ;
  • interdiction d’utilisation des appelants ;
  • surveillance quotidienne de la santé des oiseaux dans les élevages commerciaux ;
  • interdiction des compétitions de pigeons voyageurs ;
  • vaccination obligatoire dans les zoos pour les oiseaux ne pouvant être confinés ou protégés sous filet.

Ainsi, menacés par un virus respiratoire hautement pathogène, les volailles et les oiseaux français se retrouvent également confinés.

 

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