jeudi, mai 30, 2024
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Espèces menacées : quand YouTube encourage le commerce d’animaux exotiques

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Espèces menacées : quand YouTube encourage le commerce d’animaux exotiques

L’essor du commerce non durable d’espèces sauvages exotiques est exponentiel, notamment à cause de sa démocratisation via Internet. L’accès aux réseaux sociaux a bousculé les codes du trafic animalier, mais jusqu’à quel point ? Une nouvelle étude montre que YouTube contribue à faire la promotion du commerce des espèces sauvages, via ses vidéos mettant en vedette les espèces animales en voie de disparition. Les auteurs soulignent l’urgence de mettre à jour les politiques d’utilisation et de gestion de contenus des médias en ligne, pour mieux encadrer ce type de publications populaires, afin d’éduquer et de sensibiliser à la conservation des animaux.

 

Le trafic d’animaux sauvages sévit à l’échelle mondiale et met en péril la conservation globale de nombreuses espèces. Le commerce non durable d’espèces exotiques constitue une menace majeure pour la biodiversité, en plus d’être une problématique de bien-être animal et de santé publique. S’il existe une réglementation qui s’applique au niveau mondial, via la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites), cela n’empêche pas la surexploitation de certaines espèces et les prélèvements illégaux. Pour permettre la mise en place d’une réglementation plus efficace et préserver les populations sauvages, il devient donc urgent d’identifier les acteurs et les moteurs de ce commerce, ainsi que les voies empruntées par les trafiquants pour écouler les animaux capturés, qui ont évolué en parallèle du développement des nouvelles technologies.

En effet, l’accès au commerce des animaux de compagnie exotiques a été facilité avec la généralisation d’Internet. Les réseaux sociaux, de par leur influence sur la perception du public, ont notamment été identifiés comme un moteur important de ce commerce. Les médias sociaux ont changé la façon dont la société accède, consomme et partage l’information. Ils sont devenus des fournisseurs d’actualités, de divertissements et d’informations, mais une grande partie du contenu publié échappe à toute réglementation, en raison de règles mal établies et peu applicables en regard du volume des données téléchargées. Ils permettent donc au public non seulement d’accéder à des contenus non réglementés en rapport avec le trafic d’animaux sauvages, mais facilitent également l’accès à ce commerce comme jamais auparavant, participant ainsi à la mondialisation du marché.

Avec plus de deux milliards d’utilisateurs en 2020, YouTube est la plateforme de vidéos en ligne la plus importante dans le monde et est donc considéré comme l’un des réseaux sociaux les plus influents. YouTube permet notamment aux utilisateurs de télécharger, créer, partager et interagir avec du contenu mettant en scène des animaux sauvages manipulés ou interagissant avec l’homme. Il s’agit donc potentiellement d’un moyen d’influencer la perception du public et ainsi de promouvoir la demande en animaux de compagnie exotiques. Cependant, l’importance réelle de ce média en tant que promoteur du commerce des animaux de compagnie exotiques n’a jamais vraiment été étudiée. Une étude australienne s’est donc penchée sur la perception qu’a le grand public d’espèces comme les félins et les primates lorsqu’elles sont mises en scène dans des vidéos YouTube populaires, avant d’évaluer l’impact sur le commerce des animaux sauvages et la conservation des espèces.

Un total de 346 vidéos présentant des animaux exotiques interagissant avec d’autres espèces, dont l’homme, ont été incluses dans l’étude et réparties en trois catégories : interactions positives, négatives ou neutres. Plusieurs techniques d’analyse des sentiments suscités par ces images ont été utilisées, notamment la sélection des commentaires et des emojis associés aux vidéos, pour déterminer leur impact sur les utilisateurs de YouTube. Elles révèlent que la perception du public est majoritairement positive en réponse à l’exploitation des animaux mis en scène dans les vidéos. La plupart des espèces en vedette (tigre, lion, guépard, singe vervet, capucin, etc.) sont pourtant classées sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Indépendamment du manque de sensibilisation du public à l’état de conservation des espèces, cette attitude globalement positive face aux animaux présentés, pour la plupart qualifiés de “mignons”, participe à la normalisation, donc à la désirabilité puis à l’acquisition d’un animal de compagnie exotique.

 

Ces résultats soulignent l’urgence d’apporter des changements aux politiques des réseaux sociaux, dont YouTube, et d’implémenter un système de gestion des contenus pour éviter de promouvoir le trafic d’animaux et au contraire éduquer et sensibiliser à la conservation de la faune sauvage. Pour décourager l’adhésion des internautes, il serait bénéfique de leur fournir des informations ciblées sur la problématique du bien-être animal, sur les risques zoonotiques potentiels et les conséquences juridiques de la possession d’animaux exotiques, en plus des implications en matière de conservation des espèces menacées de disparition. De même, une réglementation plus précise encadrant les contenus mis en ligne permettrait de lutter contre la mode de l’animal exotique de compagnie et d’empêcher la légitimation du commerce de ces espèces.

 

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