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Antibiorésistance : taux élevé de bactéries résistantes relevé chez les vétérinaires

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Antibiorésistance : taux élevé de bactéries résistantes relevé chez les vétérinaires

Le personnel des cliniques vétérinaires serait porteur de deux fois plus de bactéries résistantes aux antibiotiques, notamment celles à l’origine des infections les plus courantes dans les établissements de santé ou les communautés. Les contacts rapprochés avec les animaux semblent être la cause de cette prévalence plus élevée, selon une récente étude menée aux Pays-Bas. Le développement de mesures préventives efficaces passe par une meilleure compréhension de l’importance de la transmission de l’animal à l’homme.

 

Les entérobactéries sont les causes les plus fréquentes d’infections communautaires ou nosocomiales. Elles sont généralement traitées avec des bêta-lactamines (pénicillines, céphalosporines, carbapénèmes) ou des fluoroquinolones. Au cours des deux dernières décennies, une augmentation importante de la résistance des entérobactéries à ces antibiotiques a été observée, en particulier chez Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae. Ces deux bactéries vivent dans les intestins des humains et des animaux en bonne santé. Bien que la plupart des souches soient inoffensives, certaines peuvent provoquer des intoxications alimentaires graves et des infections potentiellement mortelles. Elles sont notamment responsables de plus de 40 000 cas chaque année d’empoisonnement du sang au Royaume-Uni. L’acquisition par ces bactéries de gènes de résistance qui codent pour les bêta-lactamases à spectre élargi (BLSE) ou l’adénosine monophosphate cyclique (AMPc), leur conférant la capacité d’hydrolyser, donc de résister à une grande variété de pénicillines et de céphalosporines, n’est pas à prendre à la légère. Comprendre l’étendue de la transmission des animaux aux humains est essentiel pour développer des stratégies de prévention efficaces.

Des scientifiques de l’Institut national de la santé publique et de l’environnement aux Pays-Bas ont donc étudié le lien entre la propagation de ces bactéries et le contact dans le cadre professionnel avec des animaux d’élevage et de compagnie. Des échantillons de selles ont été collectés auprès de 482 membres du personnel travaillant dans des structures vétérinaires (praticiens, mais aussi assistants et auxiliaires). Un séquençage génétique de leur flore intestinale a permis d’identifier les espèces bactériennes, mais aussi les gènes de résistance associés. L’analyse a révélé que près d’un membre de l’équipe vétérinaire sur dix (9,8 %, 47 sur 482) était colonisé par au moins une souche bactérienne productrice de BLSE/AMPc et résistante aux antibiotiques, soit deux fois plus que dans la population générale (4,5 %). De plus, les vétérinaires qui avaient voyagé en Afrique, en Asie ou en Amérique latine au cours des six derniers mois étaient quatre fois plus susceptibles d’être porteurs de bactéries avec des gènes de résistance aux BLSE. De même, ceux qui avaient signalé des troubles intestinaux au cours des quatre dernières semaines étaient deux fois plus susceptibles d’être colonisés par ces bactéries résistantes.

Cette prévalence plus élevée chez le personnel vétérinaire ne peut donc pas s’expliquer par des facteurs de risque connus, comme l’usage d’antibiotiques ou les voyages. Selon les chercheurs, le contact étroit entre les professionnels de la santé animale et les animaux semble être à l’origine de la constitution d’un réservoir de bactéries productrices de BLSE, entraînant l’excrétion et la transmission d’agents pathogènes multirésistants à l’homme. Malheureusement, aucun échantillon n’a été prélevé sur les animaux fréquentant les cliniques, ce qui constitue une limite de l’étude. Afin de lutter contre l’antibiorésistance, les auteurs rappellent l’importance de réduire l’usage inapproprié des antibiotiques pour le traitement des animaux, mais surtout de limiter la transmission en appliquant des normes d’hygiène strictes.

 

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