lundi, mars 4, 2024
banner
Accueil Pharmacie La fin des superbactéries passe par un meilleur bien-être animal en élevage

La fin des superbactéries passe par un meilleur bien-être animal en élevage

1
La fin des superbactéries passe par un meilleur bien-être animal en élevage

Par Sandrine Ceurstemont

 

La résistance aux antibiotiques est une menace croissante pour les santés humaine et animale. Des chercheurs en Europe et dans le monde étudient de nouvelles approches pour résoudre le problème. Car l’antibiorésistance est partout. La véritable menace n’est pas tant la résistance elle-même que le mauvais usage des médicaments antimicrobiens.

 

En 2019, plus d’un million de personnes sont décédées dans le monde en raison d’infections bactériennes courantes qui pouvaient auparavant être traitées avec des antibiotiques. L’antibiorésistance se produit lorsque les bactéries, les virus, les champignons et les parasites mutent de sorte qu’ils ne répondent plus aux médicaments. Il est devenu l’une des principales causes de décès dans le monde, tuant plus de personnes que le Sida ou le paludisme.

Selon le Dr Hein Imberechts de l’institut de recherche Sciensano à Bruxelles (Belgique), coordinateur scientifique du programme conjoint européen One Health (EJP), « la véritable menace, c’est l’utilisation abusive des médicaments antimicrobiens ». La surprescription d’antibiotiques et d’antifongiques est en grande partie responsable de l’évolution des superbactéries, car ces agents pathogènes peuvent survivre et continuer à se reproduire pendant que les souches sensibles aux médicaments sont anéanties.

L’enjeu est similaire en santé animale. Les bactéries résistantes aux médicaments peuvent notamment infecter le bétail et les volailles au sein des élevages, et si l’antibiothérapie se révèle inefficace, cela peut affecter la croissance et la productivité des animaux, voire être à l’origine d’une mortalité élevée.

 

Des bactéries de plus en plus résistantes

« Les bactéries résistantes sont un problème croissant en médecine vétérinaire », a déclaré le Dr Hans Spoolder, chercheur en bien-être animal à l’université de Wageningen aux Pays-Bas et coordinateur du projet Healthy Livestock.

La résistance aux antimicrobiens est partout. La véritable menace n’est pas la résistance en elle-même, mais le mauvais usage des médicaments antimicrobiens.


Dr Hein Imberechts, coordinateur scientifique, One Health European Joint Programme (EJP)

Dans certains pays, les éleveurs peuvent donner aux animaux de production de faibles doses d’antimicrobiens pour accélérer leur croissance, ou des antibiotiques peuvent être administrés à tout un troupeau à titre préventif.

En lien avec 44 instituts alimentaires, vétérinaires et médicaux à travers l’Europe, le programme One Health EJP préconise une nouvelle approche de la surveillance et de la prévention des maladies, en fédérant les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale.

 

Un seul et même écosystème

« Nous sommes convaincus que nous devons considérer la santé animale, la santé humaine et celle de l’environnement comme un seul écosystème, même s’il peut y avoir des interactions entre ces trois secteurs. C’est probablement ce qui s’est passé avec le coronavirus Sars-CoV-2 », a déclaré le Dr Imberechts, faisant référence aux maladies zoonotiques retrouvées chez les animaux et qui se transmettent aux humains.

Un projet appelé Antibiotic Resistance Dynamics (ARDIG), qui fait partie de One Health EJP, a examiné la dynamique de la résistance aux antimicrobiens chez les animaux, les humains, les aliments et l’environnement au Royaume-Uni, en Norvège, en France, en Allemagne, en Espagne et aux Pays-Bas.

La façon dont les maladies sont enregistrées varie d’un pays à l’autre, tout comme les niveaux de résistance des bactéries. Certains pays suivent le volume des antibiotiques vendus sur une période donnée plutôt que la quantité prescrite aux animaux. Les médicaments sont parfois administrés en masse à un grand nombre d’animaux plutôt qu’aux seuls individus malades.

Nous sommes convaincus qu’il faut considérer les maladies animales, les maladies humaines et l’environnement comme un seul et même écosystème.

Dr Hein Imberechts, scientific coordinator, One Health European Joint Programme (EJP)

Ainsi, le Dr Imberechts estime que « des normes sont nécessaires pour harmoniser les différentes approches. Nombre d’erreurs dans l’enregistrement de l’utilisation des antibiotiques chez les animaux sont à déplorer, alors que c’est beaucoup plus facile pour les humains. »
Pour aider à standardiser les données sur les agents pathogènes et la résistance aux antibiotiques, le projet ORION project a créé un glossaire de plus de 1 000 termes pertinents. Les personnes qui travaillent dans des régions et des secteurs différents peuvent ainsi mieux se comprendre en utilisant la même terminologie.

De son côté, le projet Cohesive a développé une plate-forme en ligne open source qui vise à faciliter le partage d’informations sur les épidémies potentielles de maladies d’origine alimentaire susceptibles de se transmettre entre espèces, par exemple des animaux aux humains. « C’est très important si vous voulez comparer des informations avec d’autres pays et définir des seuils d’alerte », a souligné le Dr Imberechts.

 

superbactérie: La résistance aux antibiotiques est une menace croissante pour les santés humaine et animale. Des chercheurs en Europe et dans le monde étudient de nouvelles approches pour résoudre le problème

 

Prescription raisonnée et prévention

Les agents pathogènes sont moins susceptibles de devenir résistants si les traitements antimicrobiens sont utilisés de manière responsable. Dans le cadre du projet HealthyLivestock , le Dr Spoolder et ses collègues utilisent quatre stratégies d’intervention précoce et préventive pour réduire le recours aux antibiotiques chez les porcs et les poulets. Le projet se concentre sur l’Europe et la Chine, deux régions où des recherches actives sur l’antibiorésistance sont en cours.

La première stratégie consiste à utiliser des mesures préventives pour empêcher les agents pathogènes de pénétrer au sein des exploitations. Par exemple, l’une des approches consiste à développer une application utilisée pour évaluer les facteurs de risque de propagation du virus mortel de la peste porcine africaine dans les élevages porcins en Chine.

Healthy Livestock recherche également des moyens de prévenir la propagation des maladies en détectant précocement les troubles de santé dans les cheptels de volailles à l’aide d’un système de caméra. En comparant les modèles comportementaux des poulets malades et sains, ils tentent d’identifier ceux qui développent une maladie en partant de l’observation de leur comportement. « Cette technologie est encore en phase de test, mais elle est très prometteuse, indique le Dr Spoolder. Il y a encore beaucoup à faire en matière de détection des maladies. »

L’utilisation de ce ciblage devrait réduire également le nombre d’agents pathogènes visés et pourrait donc diminuer les risques de développement d’une résistance. « Si vous savez quels individus sont malades, vous pouvez ne traiter que ceux-là, et non les autres animaux du troupeau en bonne santé », précise le Dr Spoolder.

 

Favoriser une immunité plus forte

L’amélioration de la résilience chez les animaux les rend moins susceptibles de tomber malades. Des recherches portant sur l’élevage porcin ont révélé que les conditions de vie des femelles affectent directement la santé de leurs portées.

Le stress de la mère a un effet très direct sur la résilience de sa progéniture.

Dr Hans Spoolder, coordinator, HealthyLivestock project

Les truies qui vivent en groupe et se déplacent librement donnent naissance à des porcelets dont le système immunitaire est renforcé et qui peuvent mieux résister aux agents pathogènes que ceux qui passent leur vie dans des stalles.

Les stalles pour truies sont interdites dans l’Union européenne depuis 2013, sauf quelques semaines pendant la gestation, mais elles sont toujours autorisées en Chine. Or « le stress de la mère a un effet très direct sur la résilience de sa progéniture », rappelle le Dr Spoolder.
D’autres études indiquent que plus d’espace et de paille sont des facteurs environnementaux qui permettent aux porcs de se remettre plus rapidement des infections. Avec un objectif ambitieux de réduction de 50 % des ventes d’antimicrobiens pour les animaux d’élevage et l’aquaculture dans l’Union européenne d’ici à 2030, les plans de santé et de bien-être des animaux vont commencer à jouer un plus grand rôle dans la réduction des maladies.

  • Dans le but de réduire les usages, le projet Healthy Livestock organise la journée de l’industrie, le 23 juin 2022 à Bologne (Italie), pour que les praticiens et les scientifiques se rencontrent et discutent des innovations afin de lutter plus efficacement contre l’antibiorésistance en élevage. Suivez le lien pour en savoir plus sur the HealthyLivestock industry day.

La recherche dans cet article a été financée par l’UE. Si vous avez aimé cet article, pensez à le partager sur les réseaux sociaux.

Pour lire le texte original : horizon-magazine

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici