mercredi, février 4, 2026
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Peste porcine africaine : le chien, nouvel allié dans la recherche des carcasses de sangliers

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Peste porcine africaine : le chien, nouvel allié dans la recherche des carcasses de sangliers

Contre la peste porcine africaine (PPA), la lutte ne se joue pas toujours aux frontières ou dans les laboratoires, mais parfois au cœur de la forêt, là où gisent les sangliers morts. Car en Europe, le virus de la PPA circule d’abord chez les sangliers, et leurs carcasses constituent un réservoir viral majeur : en se décomposant, elles entretiennent l’infection dans l’environnement et alimentent la transmission au sein de la faune sauvage, avec en arrière-plan la menace permanente d’une introduction dans les élevages porcins.

C’est cette réalité qu’explore une équipe polonaise dans Preventive Veterinary Medicine, avec l’objectif de comparer l’efficacité de plusieurs méthodes de recherche des carcasses (prospection humaine au sol, chiens pisteurs, chiens de chasse, drones) pour mesurer ce qui fonctionne vraiment, sur de grandes surfaces, dans des conditions de terrain. L’étude, menée dans la province d’Opole au sud de la Pologne, entre août 2022 et mars 2025, revendique un objectif très concret : repérer le plus rapidement possible les carcasses, les enlever au plus vite et couper l’une des voies principales de circulation du virus.

 

Une stratégie de lutte qui commence par les carcasses

La peste porcine africaine chez le sanglier a ceci de particulier qu’elle rend la surveillance passive (la détection d’animaux trouvés morts) particulièrement informative. Là où le suivi d’autres maladies passe surtout par des prélèvements systématiques, la présence de cadavres testés positifs, leur localisation et leur fréquence informent sur la dynamique d’un foyer de PPA. Encore faut-il que ces carcasses soient effectivement retrouvées. Et c’est là que le dispositif humain atteint ses limites (visibilité réduite, relief, densité de la végétation, vastes surfaces, fatigue des équipes, degré d’expérience). Dans l’écosystème forestier, le chien change l’équation. L’efficacité de son odorat s’étend bien au-delà des limites de la vision humaine. Il peut ainsi accélérer la découverte, raccourcir le délai d’enlèvement, réduire la probabilité que les carcasses se décomposent ou soient déplacées par des charognards, et limiter l’exposition indirecte des autres sangliers.

Cette étude montre que la méthode la plus efficace fait appel à des chiens entraînés. Sur 400 carcasses localisées au total, 397 (soit 99,2 %) l’ont été par des chiens de recherche, les 3 restantes par des chiens de chasse. Ni les drones, ni la recherche humaine à pied, ni les dispositifs mixtes testés n’ont permis de rivaliser avec le flair du chien.

 

Une recherche de carcasses sur de grandes étendues

Les chercheurs rappellent que l’enjeu n’est pas uniquement de surveiller la maladie, mais de réduire sa transmission chez le sanglier, faute de vaccin utilisable dans la faune sauvage à grande échelle. Dans ce contexte, les carcasses disséminées dans l’environnement peuvent contaminer d’autres sangliers, et plus insidieusement constituer une source de contamination des élevages (via les bottes, le matériel, les véhicules, les produits agricoles souillés).

L’étude couvre 810 km², avec certaines zones prospectées plusieurs fois. Au total, 314 opérations de recherche ont été menées : 86 d’entre elles (27,4 %) ont abouti à la découverte d’au moins une carcasse, pour une moyenne de 0,78 carcasse par recherche. Et lors de l’analyse des prélèvements, 326 carcasses (81,5 %) se sont révélées positives au virus par RT-PCR.

 

De la nécessité d’une chaîne de coopération

« Seule une coopération entre les différents professionnels peut réussir à enrayer la propagation de la PPA », estiment les auteurs, en décrivant un ensemble de compétences qui dépasse la simple utilisation de chiens. Les chasseurs apportent leur connaissance des déplacements, des habitudes et des zones de présence des sangliers ; les vétérinaires assurent les prélèvements, l’élimination des cadavres et la biosécurité ; les agriculteurs, par la structure des cultures, influencent la manière dont le paysage canalise les animaux. Dans ce cadre, le chien est d’autant plus efficace qu’il est utilisé en synergie au sein d’une chaîne de coopération bien huilée.

Les auteurs vont jusqu’à suggérer que, combinés à des recherches humaines et à des technologies comme les drones, les chiens peuvent devenir un outil majeur. L’autre question, plus politique, touche aux moyens mobilisés. Former, déployer, coordonner et financer des équipes cynotechniques suppose une stratégie dans la durée, articulée à d’autres leviers (gestion des mouvements, zonages, clôtures, surveillance renforcée, actions cynégétiques selon les scénarios).

 

 

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