mercredi, janvier 21, 2026
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Climat et pollution : de nouveaux risques pour la santé équine

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Le cheval athlète, véritable sentinelle environnementale, se retrouve aujourd’hui en première ligne du changement climatique. Une revue publiée en 2025 dans Pferdeheilkunde Equine Medicine montre que la combinaison de températures plus élevées, d’une variabilité climatique accrue et de la dégradation de la qualité de l’air modifie en profondeur les risques sanitaires auxquels les chevaux sont exposés, en Europe comme ailleurs. Longtemps considérés comme des risques ponctuels, ces facteurs environnementaux s’installent désormais dans la durée. Ils affectent non seulement la santé respiratoire et métabolique du cheval, mais aussi sa capacité à travailler, à récupérer et à vieillir dans de bonnes conditions.

 

Stress thermique et qualité de l’air : des risques croisés

La hausse des températures constitue le premier facteur de vulnérabilité. Lorsque chaleur et humidité se conjuguent, les mécanismes de thermorégulation du cheval, essentiellement fondés sur la sudation, atteignent rapidement leurs limites. Le stress thermique se traduit par une déshydratation, des déséquilibres électrolytiques, une baisse de l’endurance et une augmentation des coups de chaleur, notamment chez les chevaux âgés, les jeunes animaux et les chevaux soumis à un effort intense. À plus long terme, ces épisodes répétés fragilisent le système immunitaire et allongent les temps de récupération.

Le changement climatique agit aussi de manière indirecte mais déterminante. Les sécheresses prolongées et les épisodes de pluies intenses altèrent la qualité des pâturages et des fourrages, augmentant les troubles digestifs et métaboliques. Surtout, le réchauffement élargit l’aire de répartition et la saison d’activité des vecteurs (moustiques, tiques, moucherons), exposant les chevaux à des maladies comme la fièvre de West Nile (jusqu’au Royaume-Uni) ou, plus ponctuellement, la peste équine africaine.

 

Pollution atmosphérique et maladies respiratoires : une relation sous-estimée

À ces pressions s’ajoute un facteur longtemps relégué au second plan : la qualité de l’air. Les poumons du cheval, adaptés à des échanges gazeux très élevés lors de l’effort, se révèlent particulièrement vulnérables aux particules fines, à l’ozone, à l’oxyde d’azote et aux fumées issues des incendies de la végétation. L’exposition chronique favorise l’inflammation des voies respiratoires, l’asthme équin, et une baisse objectivable des performances, y compris chez des animaux bien entraînés.

Les fumées des feux de forêt, désormais plus fréquents, constituent un risque aigu. Même à distance des zones d’incendie, la dégradation de l’air peut suffire à déclencher des trioubles respiratoires, en particulier dans des écuries mal ventilées. Les auteurs soulignent que ces facteurs ne s’additionnent pas, ils se renforcent. La chaleur accroît la toxicité de certains polluants, la sécheresse augmente la charge en poussières, et le confinement accentue l’exposition.

 

L’article plaide pour une adaptation structurelle, avec une amélioration de la ventilation et de l’ombrage, un suivi environnemental en temps réel, un ajustement des horaires de travail et une anticipation sur le plan sanitaire. À mesure que le climat se dérègle, le cheval apparaît de plus en plus comme un indicateur avancé des effets environnementaux sur la santé animale et, au-delà, sur la relation entre activités humaines et bien-être du vivant.

Grippe aviaire H5N1 : le risque lié au lait cru est avéré

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Le virus reste infectieux pendant des semaines dans le lait des vaches contaminées, mais la pasteurisation standard apparaît suffisante.

Le commerce illégal d’espèces sauvages à l’origine des crises écologiques et sanitaires

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Le commerce illégal d’espèces sauvages n’est plus un problème de braconnage cantonné à quelques espèces emblématiques. C’est un marché criminel mondialisé, capable de déplacer des centaines de millions d’animaux, de déstabiliser des économies locales et d’ouvrir des voies de transmission à des agents infectieux.

Vermifugation des équidés : l’heure est à un usage sélectif

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Une enquête nationale, menée par l’Anses, dresse le panorama le plus complet à ce jour des pratiques de contrôle des parasites internes chez les équidés en France. Sur 42 528 questionnaires envoyés, 4 344 réponses exploitables ont été recueillies, couvrant 93 % des départements français. Les résultats confirment un décalage entre les usages sur le terrain et les recommandations visant à limiter la résistance aux anthelminthiques (recours systématique à la vermifugation, faible adoption de traitements sélectifs, dosage souvent approximatif, mauvais entretien des pâtures…).

 

Un état des lieux chiffré couvrant tout le territoire

La cartographie des réponses montre une surreprésentation du Nord-Ouest (26,1 % des réponses), avec des foyers de participation plus importants dans le Calvados et la Loire-Atlantique. Environ sept répondants sur dix ne sont pas des professionnels, ce qui rend compte de la réalité de la gestion parasitaire dans les structures de loisirs et les petites écuries.

 

Administration fréquente de vermifuges, même lors de risque faible

Selon l’âge des chevaux, 65,3 à 90,4 % des détenteurs déclarent traiter de façon systématique, même en l’absence de risque majeur d’infestation. Le recours à une même famille d’anthelminthiques prédomine : l’ivermectine est utilisée par 73,7 % des répondants chez les poulains et par 92,1 % chez les chevaux de plus de 1 an, une pratique propice à la sélection de parasites résistants.

 

Adoption encore marginale de traitements sélectifs

Malgré les recommandations européennes et nord-américaines, l’approche fondée sur les tests diagnostiques en parasitologie (coproscopie, seuils d’excrétion fécale, parasites ciblés) reste l’exception. Seuls 5,2 % des répondants déclarent réaliser des analyses coproscopiques et pratiquer un traitement sélectif chez les chevaux de plus de 1 an. Rapporté à l’échantillon, cela représente quelque 226 détenteurs sur 4 344. Autrement dit, près de 19 sur 20 continuent de vermifuger à l’aveugle, sans quantifier l’excrétion d’œufs ni évaluer l’efficacité post-traitement.

 

Des dosages approximatifs

Environ 70 % des répondants estiment le poids de leur cheval visuellement ou administrent une dose standard identique à tous les chevaux (3 041 déclarations sur 4 344). Cette pratique expose soit à un sous-dosage, facteur reconnu de la résistance aux anthelminthiques, soit à un surdosage inutile, entraînant un surcoût et des risques iatrogènes.

 

Une gestion sanitaire des pâtures insuffisante

Côté prévention environnementale, si la rotation des pâtures est largement mise en œuvre (environ 80 % des répondants y ont recours), le ramassage des crottins plusieurs fois par an n’est effectué que par 27 % d’entre eux. Le pâturage mixte avec des ruminants, une pratique pourtant bénéfique pour limiter le niveau d’infestation des parcelles par les larves de strongles, n’est cité que par 18 % des répondants.

 

Des traitements peu ciblés et systématiques

La fréquence de vermifugation augmente chez les professionnels par rapport aux particuliers, chez les poulains par rapport aux adultes, et chez les galopeurs par rapport à d’autres groupes de races. Ces différences de stratégie traduisent des contraintes sportives et des facteurs de risque spécifiques, mais elles soulignent aussi que la gestion sanitaire n’est pas fondée sur les résultats des analyses coproscopiques et sur le contrôle de l’efficacité après traitement via des tests de réduction de l’excrétion fécale d’œufs.

 

Le rôle clé du vétérinaire

Parallèlement aux protocoles de vermifugation vétérinaires, 20,6 % des répondants (895 détenteurs) déclarent utiliser des produits alternatifs ou complémentaires, souvent achetés en ligne. Cette dispersion des méthodes complique la traçabilité et l’évaluation des résultats, surtout en l’absence de coproscopies de suivi. Toutefois, malgré ces pratiques différentes, le vétérinaire demeure la première source de conseil pour établir un plan de vermifugation. Ce rôle privilégié contribue à faire évoluer les usages vers des stratégies éprouvées (coproscopies régulières, traitement sélectif des chevaux fortement excréteurs, dosage selon le poids réel, contrôles d’efficacité, intervalles de traitement).

 

Des chiffres en faveur d’un changement de stratégie

Additionnés, ces résultats dessinent une approche à l’efficacité décroissante (vermifugation non ciblée, emploi d’une seule molécule, dosage imprécis, gestion sanitaire irrégulière des pâtures). Or l’arsenal thérapeutique équin reste limité à quatre classes d’anthelminthiques ; en réduire l’efficacité par des pratiques peu sélectives revient à hypothéquer le contrôle parasitaire à moyen terme, avec à la clé des échecs cliniques, des coûts accrus et un risque de maladie chez les chevaux les plus sensibles.

 

Ce que recommande la littérature

La stratégie gagnante repose sur quatre piliers. D’abord, mesurer le risque parasitaire avant de traiter (coproscopies, tests diagnostiques). Ensuite, doser juste, selon le poids réel du cheval et non une estimation. Troisièmement, assainir les pâtures (rotation, ramassage régulier des crottins, copâturage raisonné, hersage). Enfin, établir un plan de vermifugation individualisé (protocole sélectionné par le vétérinaire, traçabilité des traitements, abandon des pratiques alternatives).

 

Cette enquête fournit une base chiffrée pour réorganiser la lutte contre les parasites digestifs chez le cheval en France. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 226 détenteurs seulement déclarent pratiquer un traitement ciblé, 3 041 dosent encore approximativement le vermifuge administré, 3 500 pratiquent la rotation des pâtures mais 1 180 seulement ramassent régulièrement les crottins. L’adoption d’un plan de vermifugation raisonné et sélectif n’est pas une option : c’est la condition pour préserver l’efficacité des molécules antiparasitaires, la santé des chevaux et l’équilibre économique des écuries.

 

Déforestation : quand la destruction des forêts fait le lit des prochaines pandémies

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La disparition accélérée des forêts tropicales n’est plus seulement une crise environnementale : elle constitue un facteur structurel de risque sanitaire mondial. Une synthèse récente de la littérature scientifique montre que la déforestation et la fragmentation des habitats naturels favorisent l’émergence de zoonoses, ces maladies infectieuses transmises de l’animal à l’humain.

 

Déforestation et zoonoses : le rôle clé de la perte de biodiversité

En convertissant des écosystèmes forestiers en zones agricoles, minières ou urbaines, l’activité humaine supprime des barrières écologiques qui, jusqu’alors, limitaient la circulation des agents pathogènes. Les espèces sauvages contraintes de se déplacer se rapprochent des populations humaines et des animaux domestiques, créant des interfaces propices aux phénomènes de contagion. La littérature épidémiologique montre que les régions où la couverture forestière recule rapidement enregistrent une hausse des maladies telles que le paludisme, la fièvre jaune, la leishmaniose ou l’infection à hantavirus.

Ce mécanisme est désormais bien documenté. La perte de biodiversité élimine des espèces dites dilutives, incapables de transmettre efficacement les agents infectieux, tandis que prolifèrent les espèces généralistes (rongeurs, chauves-souris, moustiques), souvent d’excellents réservoirs ou vecteurs de germes pathogènes.

La fragmentation des paysages multiplie les zones de lisière, véritables points chauds de transmission où humains, animaux de production et faune sauvage cohabitent étroitement.

 

La santé publique commence aussi à la lisière des forêts

Les forêts tropicales jouent ainsi un rôle discret mais décisif dans la régulation des maladies. Leur destruction transforme des virus autrefois confinés à une circulation au sein de la faune sauvage en menace sanitaire globale. Les données issues de l’Amazonie et de la forêt atlantique brésilienne illustrent ce phénomène : l’affaiblissement des politiques environnementales y coïncide avec une recrudescence des maladies infectieuses dans les zones récemment déboisées.

Protéger les forêts relève autant de la prévention sanitaire que de la conservation de la nature. À l’heure où les pandémies rappellent brutalement l’interdépendance entre santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes, la préservation des habitats naturels apparaît comme l’un des leviers les plus efficaces et les moins coûteux pour réduire les risques sanitaires futurs.

 

 

Dermatose nodulaire contagieuse : les vétérinaires victimes d’une épidémie de désinformation

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Arrivée en France en juin 2025, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a rapidement fait l’objet de mesures sanitaires qui ont permis d’éradiquer le virus dans certaines régions. Mais la crise agricole qui a suivi a vu émerger une contestation inédite, nourrie par des fausses informations et des remises en cause du rôle des vétérinaires. Dans ce texte, la profession appelle à un « droit de véto » contre la désinformation. 

La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a atteint la France en Savoie le 29 juin 2025 à la suite de l’introduction d’un bovin infecté venant d’Italie. La France métropolitaine étant alors indemne de la DNC, la réglementation européenne prévue (dépeuplement total, vaccination d’urgence au sein des zones réglementées (ZR) – instaurées par arrêté préfectoral, limitation des mouvements des bovins…] a été mise en place, ce qui a permis d’éliminer le virus dans la région dès le 21 août.

Les contaminations ultérieures qui ont suivi en France, notamment en Occitanie, sont en réalité le résultat de déplacements illicites de bovins contagieux à partir de la zone réglementée couvrant une partie de l’Ain, de la Savoie et de la Haute-Savoie (zone vaccinale II sur la carte ci-dessous).

Zones réglementées et vaccinales suite aux foyers de DNC en France au 31 décembre 2025.
Ministère de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire

La forte médiatisation de la DNC associée aux dénonciations de « hold-up politique » par certains éleveurs rappelle de précédentes crises sanitaires (vache folle, grippe aviaire, Covid-19…). Mais à l’époque, la parole des « sachants » n’avait pas été remise en cause dans les mêmes proportions qu’aujourd’hui. Des membres de la profession vétérinaire font l’objet d’insultes, voire de menaces gravissimes, dans certains cas même de menaces de mort.

Cette situation est non seulement surprenante, mais également choquante. Les vétérinaires ont toujours été associés et solidaires avec les éleveurs. Dans le même temps, de fausses informations au sujet de la DNC se propagent dans l’espace médiatique.

Un déferlement inédit de « fake news »

Parmi les fausses informations que des experts autoproclamés (parmi lesquels on a pu retrouver tant des personnes ayant endossé une posture « antivax » lors de la pandémie de Covid-19 que des scientifiques ou cliniciens méconnaissant la DNC) ont diffusées, non seulement sur les réseaux sociaux mais également dans les médias :

  • « La maladie peut être traitée par des antibiotiques/par l’ivermectine. »

C’est faux. Les antibiotiques ou les antiparasitaires tels que l’ivermectine ne sont pas actifs sur une maladie virale comme la DNC, causée par un Capripoxvirus (Lumpy skin disease virus).

  • « L’Espagne et l’Italie n’ont pas appliqué le dépeuplement total. »

C’est faux. Les autres pays européens confrontés à la DNC, comme l’Espagne et l’Italie, appliquent eux aussi la stratégie d’abattage de tous les bovins présents dans un foyer confirmé de DNC, comme le confirme le ministère de l’agriculture.

  • « La Suisse pratique l’abattage partiel. »

Il n’y a pour l’instant pas eu de cas de DNC confirmé en Suisse, donc pas d’abattage.

  • « Il est inadmissible d’abattre tout un troupeau lorsqu’il y a seulement un animal malade. »

Si un seul animal présente des lésions cutanées, il y a de fortes chances qu’au moins 50 % des animaux soient infectés dans le troupeau. En effet, il est difficile de connaître précisément la date d’infection du bovin. Si celle-ci est antérieure à l’acquisition de la protection vaccinale, alors plusieurs animaux sont potentiellement infectés au sein du troupeau, ce que les tests sanguins ne permettent pas de détecter.

  • « Il faut avoir un troupeau témoin pour surveiller l’évolution de la maladie dans un foyer infecté. »

Ce troupeau « témoin » a existé dès le 6e foyer de DNC déclaré le 7 juillet en France, du fait du recours d’un jeune éleveur de Savoie refusant le dépeuplement de son troupeau. Treize jours plus tard, le recours a été refusé et d’autres cas de DNC se sont déclarés dans son élevage. La forte contagiosité de la DNC pourrait en partie expliquer le grand nombre de foyers de DNC déclarés deux semaines plus tard dans les élevages voisins.

  • La DNC relève de la catégorie A du droit européen, comme la fièvre aphteuse, or « pour la fièvre aphteuse, de nouveaux textes préconisent l’abattage partiel ».

C’est faux. La catégorie A correspond en médecine vétérinaire à une maladie soumise une réglementation sanitaire très stricte lorsqu’il s’agit d’une maladie hautement contagieuse émergent dans un pays indemne. Les conséquences économiques et sanitaires justifient une éradication immédiate dès son apparition.

  • « Le vaccin n’est pas efficace car certains bovins vaccinés ont présenté la maladie malgré tout »

La vaccination en urgence n’est pas une vaccinothérapie. Elle nécessite au moins trois semaines pour installer une protection immunitaire. Elle a pu être réalisée chez des animaux déjà infectés avant ou peu après l’injection vaccinale.

  • « La désinsectisation de l’élevage est la méthode la plus efficace pour éviter la contamination ».

Ce sont certes des insectes hématophages qui sont les vecteurs de la DNC, mais les traitements insecticides ne sont jamais efficaces à 100 %. Il n’existe pas de mesure parfaite permettant d’éradiquer tous les insectes d’un élevage.

  • « 70 vétérinaires ont été radiés de l’Ordre des vétérinaires pour avoir refusé l’abattage du troupeau de l’Ariège ».

C’est faux. Le conseil national de l’ordre des vétérinaires confirme qu’aucun vétérinaire n’a été radié pour avoir refusé un abattage.

  • « Le vaccin est dangereux pour les animaux et l’humain ».

C’est faux, le vaccin est un vaccin dit « vivant atténué » qui ne présente aucun danger ni pour les animaux ni pour l’humain. De plus, la DNC n’est pas une zoonose (maladie animale transmissible à l’humain et réciproquement), mais une épizootie.

  • « Il y a encore des cas de DNC en Savoie ».

Dans cette zone désormais considérée comme indemne de la DNC, il peut s’agir de la pseudo dermatose nodulaire contagieuse (PDNC), due à un herpèsvirus qui évolue très rapidement (en 3 semaines) vers la guérison.

  • « La fédération des vétérinaires européens (FVE) préconise plutôt la vaccination que l’abattage dans la DNC ».

C’est faux : la note de la FVE de novembre 2025 présente une revue générale sur le bénéfice des vaccinations en médecine vétérinaire sans remettre en cause la réglementation européenne concernant les maladies classées dans la catégorie A comme la DNC.

  • « L’EFSA (European Food Safety Autority) avait préconisé un abattage partiel en 2016 lors des premiers foyers de DNC en Europe ».

Cette recommandation de l’EFSA en 2016 correspondait à une évaluation mathématique des moyens à mettre en œuvre dans les pays où la DNC était déjà installée (virus endémique), en l’occurrence les Balkans. Elle ne s’applique pas pour les pays indemnes de DNC soumis à la réglementation européenne, comme c’est le cas en France.

  • « Lors de l’épizootie de DNC observée dans l’île de La Réunion en 1991-1992, il n’y a pas eu de dépeuplement total ».

La flambée de DNC sur l’île de la Réunion a été la conséquence de l’importation de zébus malgaches. Le contexte sur cette île qui n’exportait pas de bovins était toutefois différent de la situation actuelle de la DNC en France métropolitaine. Il y a d’abord eu un retard considérable de plusieurs mois pour identifier formellement la maladie. Le premier vaccin, qui était celui utilisé pour la variole ovine, était peu efficace pour les 18 000 bovins vaccinés (sur les 21 000 bovins recensés sur l’île). La vaccination avec le vaccin bovin sud-africain, bien plus efficace, a été réalisée avec un an de retard. Au total, 511 exploitations ont été atteintes avec 10 % de mortalité.

Les conditions de la sortie de crise

En France, la situation est actuellement sous contrôle dans le Sud-Est, mais elle est encore évolutive en Occitanie, où de rares cas peuvent encore apparaître à la fin de cette épizootie. Ce sera le cas de bovins en incubation, car voisins d’un foyer déclaré et dont l’immunité vaccinale n’est pas encore installée pour le protéger.

Deux autres risques ne peuvent pas être évalués pour prédire la fin de cette épizootie de DNC :

  • un déplacement illicite à partir des ZR actuelles d’animaux apparemment sains, mais qui sont de véritables « bombes virales » à retardement ;
  • la non-déclaration d’un cas de suspicion de DNC par un éleveur (comme un représentant syndical a osé le recommander), alors qu’il convient d’éviter la contamination des élevages voisins.

La principale revendication des agriculteurs, répétée inlassablement dans les médias, est un abattage partiel lors de DNC. Elle témoigne d’une méconnaissance de cette maladie. En effet, on l’a vu plus haut, ce serait mettre en danger les troupeaux indemnes et par-delà, tout le cheptel bovin français. Nous espérons qu’il n’y aura plus de foyers de DNC à partir de mi-janvier 2026, comme ce fut le cas dans les Savoie après la vaccination.

La profession vétérinaire a toujours été proche des agriculteurs. Rappelons que les premières écoles vétérinaires au monde ont été créées en France au XVIIIe siècle pour « lutter contre les maladies des bestiaux ». Ainsi, en unissant nos forces nous avons pu éradiquer de la surface de la Terre en 2001 une autre maladie virale : la peste bovine.

Jeanne Brugère-Picoux, Professeur honoraire agrégée de pathologie du bétail à l’École nationale vétérinaire d’Alfort, Président honoraire de l’Académie vétérinaire de France (2012), Académie nationale de médecine, Académie vétérinaire de France et Jean-Yves Gauchot, Docteur vétérinaire, Président de la Féderation des syndicats vétérinaires de France, Vice-président de l’Académie vétérinaire de France., Académie vétérinaire de France

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

 

Influenza aviaire : les lacs et rivières à l’intersection de la circulation virale

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L’influenza aviaire est essentiellement sous surveillance dans les élevages et chez les oiseaux sauvages. Un mémoire soutenu à l’université Dalhousie, au Canada, propose de suivre la circulation des virus influenza A directement dans les eaux de surface. L’étude compare une méthode de prélèvement passif à la technique de filtration de référence de l’Agence américaine de protection de l’environnement (US EPA).

Grippe aviaire : la filière des bovins à viande pas (encore) concernée

Depuis 2024, la grippe aviaire ne se limite plus aux oiseaux. Aux États-Unis, le virus H5N1 hautement pathogène a franchi la barrière d’espèce en infectant des vaches laitières, provoquant une chute brutale de la production de lait et un bouleversement durable de la surveillance sanitaire. Cette situation a conduit plusieurs pays à réévaluer leurs vulnérabilités. En Australie, un rapport officiel s’est penché sur un scénario redouté : l’impact potentiel du virus grippal sur les élevages de bovins à viande. Si le risque a été jugé négligeable, des incertitudes demeurent.

 

Une exception américaine, pas un modèle universel

L’épisode américain a marqué une rupture. Pour la première fois, un virus influenza aviaire, le clade 2.3.4.4b, a circulé durablement chez des vaches laitières, avec une transmission entre les animaux. Cette situation reste, à ce stade, unique. Hors des États-Unis, des programmes de surveillance ciblée menés au Canada, au Royaume-Uni ou en Allemagne n’ont détecté aucune infection bovine, malgré une circulation intense du virus chez les oiseaux sauvages.

Le rapport australien souligne que les bovins à viande présentent un profil très différent de celui des vaches laitières. En effet, le virus se multiplie principalement dans la glande mammaire, où il est excrété à des concentrations extrêmement élevées dans le lait cru. Or, les bovins de boucherie adultes ne sont quasiment jamais exposés au lait d’autres animaux.

 

Un risque d’entrée faible, une propagation hautement improbable

Selon l’analyse, le passage du virus depuis les oiseaux vers les bovins à viande reste possible mais rare. Les données accumulées sur plusieurs décennies montrent que de tels franchissements de la barrière d’espèce ne se produisent que de façon sporadique. Même dans l’hypothèse de la présence du virus chez les oiseaux en Australie, la probabilité d’infection de bovins à viande est jugée faible et celle d’une propagation entre élevages considérée comme négligeable. Contrairement aux vaches laitières, les bovins à viande ne partagent ni le circuit de traite, ni les équipements contaminés par le lait, identifiés comme les principaux vecteurs de diffusion aux États-Unis. Les voies respiratoires ou digestives, testées expérimentalement, ne semblent pas permettre une transmission efficace entre les animaux.

 

Des conséquences sanitaires et économiques limitées

En cas d’infection, les conséquences attendues chez les bovins à viande seraient faibles. Les études expérimentales indiquent des formes cliniques légères et transitoires chez les animaux non allaitants. La mortalité observée dans les élevages laitiers américains reste modérée, et aucun effet durable sur la croissance ou la reproduction des bovins à viande n’est, à ce stade, démontré.

Sur le plan économique, l’impact serait sans grandes conséquences sur la production de viande par rapport à ce qui est observé dans la filière laitière, avec des pertes directes limitées. En revanche, le rapport insiste sur un point non négligeable : les répercussions commerciales et réglementaires. Des restrictions à l’exportation ou des mesures de contrôle renforcées pourraient peser sur une industrie fortement tournée vers les marchés internationaux.

 

Un risque faible, mais évolutif

Les auteurs restent toutefois prudents en raison d’un facteur clé : l’évolution du virus. Le clade 2.3.4.4b a montré une capacité inhabituelle à infecter un large éventail de mammifères. Chaque nouvel hôte représente une opportunité d’adaptation. Si le virus empruntait une voie de transmission efficace indépendante du lait, l’équation sanitaire pourrait changer. C’est pourquoi le rapport recommande de renforcer la biosécurité, d’éviter tout contact entre bovins et oiseaux sauvages, et de préparer dès maintenant des stratégies de réponse adaptées aux espèces non aviaires.

 

Influenza A chez les oiseaux : le réservoir qui ne s’éteint jamais

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Les oiseaux ne sont pas de simples victimes des grandes épizooties de grippe aviaire. Ils en sont le réservoir naturel et surtout le principal moteur évolutif. Un article le rappelle : tant que les virus influenza A circuleront chez les oiseaux, le risque de nouvelles émergences restera structurel.

Grippe aviaire : chiens et chats au cœur d’un nouveau front zoonotique

Une publication alerte sur le rôle des animaux de compagnie dans l’évolution des virus influenza A et le risque pandémique.

Grippe aviaire H5N1 chez les bovins : une adaptation progressive du virus à son hôte

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Une étude montre que la capacité du virus H5N1 à se multiplier dans des cellules bovines dépend fortement de la “génomique interne” : les gènes qui pilotent la réplication et l’échappement à l’immunité innée bien plus que l’enveloppe virale qui capte d’ordinaire l’attention. Cette étude montre que tous les virus H5N1 ne se comportent pas de la même façon face aux cellules bovines : certains variants récents se répliquent nettement mieux que d’autres, et ce potentiel varie au fil de l’évolution de ces virus.

 

La “porte d’entrée” ne fait pas tout

Depuis le début de l’épisode américain, l’explication avancée était anatomique : le virus infectait la mamelle, ses cellules épithéliales, ses récepteurs cellulaires, et la contamination était facilitée par la traite. L’étude ne nie pas l’importance du tissu mammaire, au contraire, mais elle montre que le cœur du phénomène se joue ailleurs : dans le “moteur” interne du virus, celui qui gouverne sa capacité à se multiplier une fois qu’il est entré dans les cellules.

Pour isoler cet effet, les chercheurs ont fabriqué des virus “chimères” : même enveloppe virale, mais gènes internes différents selon les variants des virus H5N1. Résultat ? Des performances très inégales ont été observées selon les variants ! La capacité de réplication dans des cellules bovines varie fortement entre les virus, y compris au sein du clade actuellement dominant (2.3.4.4b). Certaines combinaisons génétiques, notamment celles observées dans la dynamique nord-américaine, affichent une cinétique plus favorable dans des modèles cellulaires bovins, et l’effet se retrouve aussi dans des tissus mammaires testés ex vivo.

Autrement dit, certains virus semblent plus capables que d’autres de se répliquer dans les cellules bovines. C’est une différence de degré, pas une barrière nette à l’adaptation aux bovins. Ce que l’étude révèle, c’est une adaptation polygénique : plusieurs segments génomiques internes qui, ensemble, rendent les virus grippaux plus infectants chez l’hôte bovin. Aussi, chercher LA mutation qui a permis au H5N1 d’infecter les bovins est une restriction de vue.

 

 

Grippe aviaire hautement pathogène : l’Europe sous tension jusqu’à la fin de l’hiver

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Entre la mi-septembre et la fin novembre, l’Europe a vu repartir à la hausse les cas d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP H5) chez les oiseaux sauvages comme dans les élevages. Dans une analyse conjointe, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) préviennent que de nouveaux foyers sont probables jusqu’à la fin de l’hiver, même si le risque pour la population est considéré comme faible.

 

Une vague automnale d’une ampleur inédite depuis 2016

Selon ce bilan, établi pour la période du 6 septembre au 28 novembre 2025, 2 896 détections du virus IAHP H5 ont été rapportées en Europe, dans 29 pays, dont 442 dans des élevages ou chez des oiseaux domestiques et 2 454 chez les oiseaux sauvages. Les oiseaux d’eau (canards, oies, cygnes) sont en première ligne avec, fait marquant, des épisodes de mortalité massive chez les grues cendrées. La plupart des cas sont liés au nouveau variant d’un génotype H5N1 déjà rencontré en Europe, mais qui semble soit plus transmissible, soit qui affecte des populations d’oiseaux peu ou pas immunisées.

 

Les élevages pris dans la tourmente des migrations

Comme lors des saisons précédentes, le virus « entre » dans les bâtiments d’élevage via les oiseaux sauvages, le plus souvent de manière indirecte (fientes, poussières contaminées, eau ou fourrages souillés). Les élevages de dindes sont particulièrement touchés, mais les autorités signalent aussi des cas dans des troupeaux de canards pourtant vaccinés, signe d’une forte pression virale.

L’Efsa et l’ECDC recommandent, dans toutes les zones où la grippe aviaire circule chez les oiseaux sauvages et où des mortalités massives sont observées, de maintenir les volailles confinées, de renforcer les mesures de biosécurité (limitation des entrées, changement de tenue et de chaussures, protection des points d’eau et des aliments) et d’intensifier la surveillance clinique et virologique pour détecter très tôt tout foyer.

 

Renards et chats, sentinelles involontaires

La circulation intense du virus dans l’avifaune se traduit aussi par une légère hausse des cas chez les mammifères, en particulier les renards, contaminés après l’ingestion d’oiseaux infectés. Plus inquiétant encore, le virus a de nouveau été détecté chez des chats domestiques dans deux pays européens, après plusieurs mois sans signalement. Là encore, la source la plus probable reste le contact direct avec des oiseaux malades ou leurs carcasses.

Les experts rappellent quelques règles de prudence : éviter de nourrir les animaux de compagnie avec de la viande ou des abats crus et, dans les zones où le virus circule activement, limiter les sorties non surveillées des chiens et des chats, en les gardant à l’intérieur ou en laisse.

 

Un risque humain faible mais surveillé de près

Chez l’humain, l’ECDC continue de juger le risque « faible » pour la population générale et « faible à modéré » pour les professionnels exposés (éleveurs, vétérinaires, intervenants en abattoirs, équipes de nettoyage des foyers). Aucune transmission interhumaine n’a été documentée en Europe à ce jour, même si des infections sporadiques liées à des contacts étroits avec des volailles infectées ont été enregistrées dans le monde ces derniers mois.

Les agences européennes insistent néanmoins sur l’importance des équipements de protection individuelle sur le terrain (masques, lunettes, gants) et sur la vaccination contre la grippe saisonnière des travailleurs exposés, qui peut réduire le risque de coïnfection et donc de recombinaison entre les virus humains et aviaires.

 

Un test pour la réponse européenne

Ce nouvel épisode de grippe aviaire arrive alors que le virus H5N1 a déjà provoqué, depuis 2021, l’abattage de centaines de millions de volailles à l’échelle mondiale, fragilisant la filière avicole et le marché agro-alimentaire. En Europe, la saison 2025-2026 constitue un test grandeur nature : celui de la capacité des États membres à combiner la vaccination de certains cheptels, le confinement temporaire des animaux, une biosécurité renforcée et une surveillance coordonnée de la faune sauvage.

Les modèles présentés par l’Efsa anticipent un maintien de la circulation virale dans les populations d’oiseaux sauvages durant les prochaines semaines, avec un reflux attendu seulement en fin d’hiver, au gré des migrations et des conditions météorologiques. D’ici là, la vigilance reste de mise, tant pour protéger les élevages que pour surveiller les rares passerelles possibles entre santé animale et santé humaine.