mardi, février 3, 2026
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Dentisterie équine : vers une antibiothérapie non systématique et adaptée

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Dentisterie équine : vers une antibiothérapie non systématique et adaptée

En dentisterie équine, l’administration d’antibiotiques est devenue un geste de confort. On les prescrit notamment dans le cadre d’une extraction dentaire, parfois sans autre justification que le principe de précaution : l’idée est de prévenir une infection, d’éviter une complication rare, de rassurer le propriétaire. Une revue publiée ce mois-ci rappelle que la prudence n’est pas un traitement et l’habitude pas une preuve. Cette publication remet la décision thérapeutique à sa place, c’est-à-dire fondée sur la balance bénéfice/risque où le bénéfice doit être réel et le risque évalué.

 

Ce que la littérature dit (et ne dit pas) sur la prophylaxie

Si les complications infectieuses existent après une extraction dentaire chez le cheval, elles ne sont pas courantes. Surtout, les travaux disponibles ne montrent pas une réduction significative des réactions secondaires avec une antibiothérapie périopératoire systématique. Dans plusieurs études citées par l’article, les taux de complications restent proches, avec ou sans antibiotique. Plus troublant, certains auteurs rapportent un lien entre antibiothérapie et complication. Cela ne signifie pas que l’antibiotique est en cause, mais qu’on y a recours plus volontiers lorsque l’extraction est complexe, traumatique, voire déjà compliquée. Ainsi, si l’on veut réduire les complications, le premier levier réside dans la technique opératoire, l’asepsie et la sélection des cas.

 

Le risque d’endocardite chez le cheval

Une autre justification fréquente de l’antibiothérapie est la crainte d’une bactériémie transitoire liée aux soins dentaires et d’une endocardite infectieuse. Là encore, la revue remet les choses dans leur contexte. Si une bactériémie transitoire peut survenir après une extraction dentaire, le lien entre la bactériémie et l’endocardite n’a pas été établi chez le cheval, il s’agit donc d’une extrapolation de la dentisterie humaine ou de celle des animaux de compagnie.

 

Des effets secondaires non négligeables

La publication rappelle aussi que les antibiotiques ne sont pas anodins. Chez le cheval, ces molécules peuvent favoriser des déséquilibres du microbiote intestinal, réduire la diversité de la flore bactérienne, et bien entendu augmenter la pression de sélection sur les bactéries résistantes. Le risque est bien réel. La dentisterie touche une région riche en biofilms, où les échanges de gènes de résistance au sein de la communauté bactérienne sont biologiquement avérés. À cela s’ajoute un risque de troubles digestifs (diarrhée) associés aux antibiotiques, parfois graves dans l’espèce équine.

 

Des indications différentes selon l’affection

La revue ne prône pas une pratique de la dentisterie sans recours à l’antibiothérapie, mais invite à raisonner l’usage des antibiotiques et à les réserver aux situations à risque. Les auteurs identifient les contextes où une antibiothérapie peut se justifier : en cas de fièvre ou de maladie systémique, d’immunodépression, de traumatisme oral important, de suspicion d’extension tissulaire, d’ostéomyélite, d’infection apicale sévère avec complications, ou de chirurgie des sinus par exemple. Dans ces cas, l’antibiotique est indispensable. Mais l’antibiothérapie ne se substitue pas aux soins dentaires et n’est pas indiquée dans le cadre d’un traitement endodontique en l’absence d’infection.

Pour la maladie parodontale, la publication rappelle que la cause est souvent mécanique (diastème, malocclusion, impaction alimentaire) et inflammatoire, entretenue par le biofilm. L’action des antibiotiques est limitée dans la cavité buccale (salive, aliment, dilution, biofilm protecteur). La prise en charge repose d’abord sur la correction de la cause et le traitement local. Pour les fractures dentaires, là encore l’issue dépend du traitement mis en place (extraction ou procédure endodontique), pas d’une antibiothérapie empirique. Les vraies indications concernent les fractures traumatiques ouvertes des mandibules, où le risque d’infection est élevé.

Pour l’equine odontoclastic tooth resorption and hypercementosis (EOTRH), l’antibiotique n’a pas d’effet sur l’évolution de la maladie. Le traitement de choix est l’extraction des incisives atteintes, avec un protocole analgésique adapté. Pour la sinusite d’origine dentaire, même logique : la prise en charge dépend du diagnostic, de l’extraction de la dent responsable et du rétablissement du drainage. L’antibiotique peut aider dans certaines situations, mais il n’est pas à la base du traitement.

 

En conclusion, il ne s’agit plus de recourir systématiquement aux antibiotiques, mais de se poser la question : « Qu’est-ce qui, dans ce cas précis, rend l’antibiothérapie nécessaire ? » Voilà pourquoi la dentisterie équine reste un acte médical, qui nécessite une prise de décision clinique (stratégie thérapeutique, choix de la molécule, posologie, durée, etc.).

 

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