
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a mené une enquête sur la consommation de poissons et de fruits de mer contenant potentiellement du mercure et mis à jour ses conseils encadrant cette consommation ainsi que l’évaluation des risques pour la santé publique. Si le poisson apporte des nutriments utiles tels que des acides gras oméga 3, l’exposition au méthylmercure, la forme la plus dangereuse de mercure dans les produits de la mer, est associée à des effets nocifs sur le développement cérébral et neuronal du fœtus et de l’enfant.
Une enquête à l’échelle de l’UE
L’étude a été commandée par la Commission européenne, dans un contexte de mise à jour par certains États membres des recommandations concernant la fréquence de consommation de poissons et de fruits de mer susceptibles de contenir des résidus de mercure, mais aussi de révision des concentrations maximales admissibles de mercure dans différentes espèces de poissons et de fruits de mer. Parmi elles figurent les grands poissons prédateurs tels que le requin, l’espadon et le thon qui se nourrissent de poissons plus petits, ce qui entraîne une accumulation de mercure dans leur organisme tout au long de leur vie.
Une première enquête a été menée dans les 27 États membres de l’UE, ainsi qu’en Islande et en Norvège, au printemps 2023. La seconde a été réalisée dans dix pays ayant mis à jour leurs recommandations nutritionnelles, ainsi que dans cinq autres ne les ayant pas actualisées, afin de permettre une comparaison. Les enquêtes ont inclus une proportion plus élevée de femmes enceintes, puisque les fœtus sont les plus exposés au mercure via leur mère.
Fréquence de consommation et quantité consommée
Premier résultat : 60 % des personnes interrogées ont déclaré consommer du poisson et des produits de la mer. Environ un tiers d’entre elles (34 % des adolescents et des adultes, et 33 % des femmes enceintes) consomment, trois fois par semaine ou plus, les espèces de poisson présentant les niveaux de contamination au mercure les plus élevés.
Quelle quantité de poisson et de fruits de mer les consommateurs devraient-ils consommer ? La plupart des autorités sanitaires des pays de l’UE recommandent une à deux portions par semaine d’espèces de poissons et de fruits de mer présentant les taux de mercure les plus élevés (soit 1 mg de mercure par kilo de poisson frais), ou trois à quatre portions d’espèces présentant les seuils les plus bas (soit 0,5 mg/kg ou 0,3 mg/kg de poisson). Il est conseillé aux femmes enceintes de limiter au maximum leur exposition au mercure en privilégiant les petits poissons.
Un rapport bénéfices/risques à prendre en compte
L’Efsa rappelle que les bienfaits pour la santé de la consommation de poisson comprennent le développement des fonctions cognitives et immunitaires chez les nourrissons et la réduction du risque de maladies cardio-vasculaires chez les adultes. En revanche, l’exposition trop élevée au méthylmercure est nocive et notamment associée à un retard de développement cérébral et neuronal chez les fœtus et les jeunes enfants. Cependant, si des mesures visant à réduire l’exposition au méthylmercure sont envisagées par les gestionnaires des risques, les effets bénéfiques potentiels de la consommation de poisson devraient également être pris en compte.
L’enquête a également évalué les connaissances des répondants sur plusieurs bienfaits et risques pour la santé liés à la consommation de produits de la mer, afin d’estimer dans quelle mesure les recommandations nutritionnelles sont comprises et appliquées. Globalement, les consommateurs interrogés connaissaient les bienfaits pour la santé (environ 5 sur 10) beaucoup plus que les risques (environ 1 sur 10), mais le mercure était le contaminant le plus souvent cité dans ces aliments. Si de nombreux consommateurs ont indiqué avoir entendu parler des recommandations dans leur pays et en tenir compte dans leurs choix alimentaires, il apparaît que d’autres facteurs, tels que le goût, le coût et le désir d’une alimentation saine, influencent davantage les changements d’habitudes alimentaires.
Le rapport met en évidence d’importantes disparités entre les pays européens et les catégories de consommateurs (adolescents, adultes, femmes enceintes), tant en matière de consommation que de connaissance des recommandations. Ces informations, ainsi que les stratégies envisagées dans le rapport, pourraient se révéler utiles aux différentes autorités nationales de santé publique pour communiquer avec les consommateurs sur ce sujet.

