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Virus H5N1 chez le chat : une infection d’ampleur inédite en Pologne

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Virus H5N1 chez le chat : une infection d’ampleur inédite en Pologne

L’épisode polonais de juin-juillet 2023 a changé la place du chat dans l’épidémiologie du virus H5N1. Il ne s’agit plus de cas sporadiques d’infection féline par le virus A (H5N1). C’est en effet la première fois qu’un pays fait état d’un nombre élevé de chats infectés par le virus de la grippe aviaire sur une zone géographique étendue.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a documenté, dès juillet 2023, l’ampleur inhabituelle de cette flambée épidémique en Pologne : 47 échantillons, provenant de 46 chats et d’un caracal captif, ont été analysés. Sur ces 47 échantillons, 29 (62 %) étaient positifs pour la grippe A(H5N1). Les échantillons positifs provenaient de 13 zones géographiques différentes du pays. Au total, 20 chats ont présenté des signes neurologiques, 19 des signes respiratoires et 17 des signes à la fois neurologiques et respiratoires. L’analyse génomique a montré que les 19 virus H5N1 séquencés appartenaient tous au clade 2.3.4.4b et étaient étroitement apparentés les uns aux autres, suggérant une source d’infection commune. Ces virus sont en outre semblables aux virus grippaux A (H5N1) du clade 2.3.4.4b qui circulent chez les oiseaux sauvages et qui ont récemment provoqué des flambées épidémiques chez les volailles en Pologne.

 

Risque d’exposition pour les propriétaires et les vétérinaires

La présence de virus similaires, présentant des caractéristiques adaptées aux mammifères, chez un si grand nombre de chats apparaît préoccupante. La source d’exposition des chats au virus reste encore inconnue et des enquêtes épizootiques sont en cours. Bien qu’aucun cas d’infection humaine par ce virus n’ait été documenté à ce jour, ce risque existe. Toutefois, la détection du virus de la grippe aviaire A(H5N1) chez l’humain reste inhabituelle et aucune transmission interhumaine durable n’est rapportée. Par conséquent, l’OMS estime que le risque d’infection humaine à la suite d’une exposition à des chats infectés est faible pour la population générale, et faible à modéré pour les propriétaires de chats ainsi que pour les professionnels exposés, comme les vétérinaires, en l’absence d’équipement de protection individuelle approprié.

Dans ce cadre, les recommandations des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) destinées aux vétérinaires vont dans le même sens : elles visent à réduire l’exposition du personnel en contact avec des chats ou d’autres animaux présentant une infection suspectée ou confirmée par le virus A(H5N1). Les mesures de contrôle des infections préconisées incluent notamment une sensibilisation des propriétaires au risque d’exposition, un confinement des chats lorsque le risque environnemental est élevé, et surtout l’arrêt des régimes crus (viande ou lait cru, aliments crus industriels) dans les contextes où le virus H5N1 circule.

 

Une évolution clinique aiguë

Pathogens a publié les résultats d’une étude rétrospective de cas issus de l’épidémie polonaise de 2023, incluant 22 chats dont l’infection a été confirmée en laboratoire. Cette série de cas enrichit les données existantes, initialement limitées aux rapports cliniques de cas isolés publiés jusqu’à présent, et offre une vue d’ensemble de l’évolution clinique, incluant les paramètres hématologiques et biochimiques, au sein d’un effectif plus important.

Le tableau clinique était dominé par l’apparition brutale d’une fièvre, d’un abattement et d’une anorexie, rapidement suivie d’une détresse respiratoire sévère et de troubles neurologiques. L’imagerie a confirmé la présence d’une pneumonie. L’évolution de la maladie a été fulgurante : tous les chats sont morts ou ont été euthanasiés quelques jours après l’apparition des signes cliniques. Ces observations réaffirment le fort tropisme respiratoire et la virulence élevée des virus de l’influenza aviaire hautement pathogène chez les félins, complétant ainsi les données antérieures provenant d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord.

Lorsque des souches hautement pathogènes sont impliquées, les virus de la grippe A représentent donc une cause rarement diagnostiquée, mais cliniquement significative, de pneumonie sévère. L’association d’une apparition aiguë, d’une fièvre très élevée, d’une dyspnée marquée et de signes neurologiques concomitants doit rapidement faire suspecter une infection par le virus de la grippe aviaire hautement pathogène, en particulier chez les chats en contact avec des oiseaux sauvages, des volailles, exposés à leurs excréments ou nourris avec de la viande crue.

 

L’épisode polonais justifie d’adopter de nouveaux réflexes : lorsqu’un chat présente un syndrome fébrile aigu qui évolue rapidement vers une dyspnée et/ou des signes neurologiques, surtout en cas d’exposition avérée ou potentielle au virus, l’influenza aviaire doit faire partie du diagnostic différentiel. Sur le plan pratique, l’enjeu est de réduire le délai entre suspicion et prélèvement. La confirmation repose sur des tests PCR envoyés aux laboratoires nationaux agréés. La caractérisation rapide des souches issues de mammifères doit rester une priorité, même quand aucun cas humain n’est détecté.

 

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