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Influenza aviaire et virus grippaux d’origine animale : bilan de l’année 2024

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Influenza aviaire et virus grippaux d’origine animale : bilan de l’année 2024

Le rapport épidémiologique 2026 du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) consacré à l’influenza zoonotique (données 2024) dresse un constat en apparence paradoxal : des virus grippaux d’origine aviaire et porcine circulent largement chez l’animal, mais les infections humaines documentées restent rares et, surtout, aucun cas n’a été confirmé en Europe en 2024. Ce calme apparent en Europe contraste avec une certaine intensification constatée en 2024 dans le reste du monde, avec notamment une diffusion élargie aux mammifères et une surveillance accrue.

 

112 infections humaines liées à des virus aviaires

En 2024, neuf pays ont rapporté au total 112 cas (ou détections) d’influenza A chez l’humain, répartis entre plusieurs sous-types : H5N1, H5N2, H5N6, H5Nx, H9N2 et H10N3. La majorité des cas ont été notifiés par les États-Unis (66), puis la Chine (28) et le Cambodge (10). Le Vietnam en a rapporté 3, et l’Australie, le Canada, le Ghana, l’Inde et le Mexique 1 cas chacun. Sur 103 de ces cas, 30 personnes (29 %) ont été hospitalisées. Le bilan humain est de 8 décès, soit 7 % des 112 cas. Le rapport pointe un élément clé pour comprendre ces chiffres : l’exposition. Parmi les cas documentés, 94 % (101 sur 108) ont été exposés à des animaux ou à un environnement contaminé. Les expositions les plus fréquentes concernent les volailles (54 %, 60 cas) et, fait marquant de 2024, les bovins (36 %, 40 cas), en résonance avec les épisodes d’influenza A (H5N1) détectés dans des troupeaux laitiers aux États-Unis.

 

H5N1 : les bovins laitiers entrent dans l’équation

Le sous-type H5N1 concentre à lui seul 80 cas humains en 2024 au niveau mondial. Aucun cas n’a été rapporté en Europe sur l’année, malgré de nombreuses détections et flambées chez les oiseaux sauvages et domestiques. Aux États-Unis, sur 66 cas d’influenza A (H5) signalés en 2024, 61 % (40 sur 66) sont associés à une exposition professionnelle à des bovins laitiers présumés ou confirmés infectés par le virus H5N1. Le tableau clinique est majoritairement bénin et dominé par une conjonctivite (signalée chez 100 % des cas pour lesquels ce signe est documenté), sans hospitalisation dans ce groupe. Le même pays rapporte aussi des infections liées aux opérations menées dans les élevages avicoles (notamment lors de dépeuplement). Un décès est mentionné, celui d’une personne âgée présentant des comorbidités, exposée à une basse-cour et à des mortalités d’oiseaux sur sa propriété. Le rapport note enfin 2 cas détectés sans exposition animale identifiée, ce qui ne prouve pas une transmission interhumaine, mais rappelle la difficulté de suivre certaines chaînes d’exposition sur le terrain.

 

Virus H5N2 et H5N6 : plus rares, mais létaux

L’année 2024 est aussi marquée par le premier cas humain confirmé d’influenza A (H5N2) chez un homme de 59 ans, décédé de complications liées à ses comorbidités sous-jacentes au Mexique. Le virus présentait une forte similarité (99 %) avec des souches faiblement pathogènes détectées chez des oiseaux dans ce pays.

Pour H5N6, la Chine a rapporté 3 cas humains en 2024, tous hospitalisés et tous mortels, après une exposition à des volailles (basse-cour ou marché).

Ces épisodes illustrent un point méthodologique essentiel, explicitement rappelé par l’ECDC : la létalité observée varie fortement selon le sous-type et dépend aussi du système de surveillance. Les formes peu symptomatiques peuvent passer sous les radars en l’absence de surveillance ciblée chez les personnes exposées.

 

H9N2 : circulation surtout chez l’enfant et en Asie

Le sous-type H9N2, régulièrement associé à des expositions aux volailles sur les marchés, totalise 25 cas humains rapportés en 2024. La Chine en signale 22, majoritairement chez des enfants (86 % des cas chinois, dont 13 âgés de moins de 5 ans). Parmi les cas documentés, 67 % ont été hospitalisés, et l’exposition aux volailles est fréquente (basse-cour ou marché d’animaux vivants). L’Inde, le Vietnam et le Ghana rapportent chacun des cas sporadiques, parfois sans exposition aviaire formellement identifiée.

 

Virus grippaux porcins : des variants sous surveillance

En parallèle, quatre pays ont signalé 12 cas humains dus aux virus grippaux porcins A (H1N1)v, A (H1N2)v et A (H3N2)v. Les États-Unis en comptent 9, le Canada, la Chine et le Vietnam 1 cas chacun. Le détail renvoie à un schéma classique : des expositions aux porcs (foires agricoles, environnement domestique ou professionnel), souvent suivies d’infections bénignes, mais avec des exceptions. Le rapport indique que ces infections peuvent être sévères : au total 6 personnes ont été hospitalisées et 1 décès est enregistré.

 

L’Europe plus ou moins épargnée

Aucun cas humain n’a été notifié dans l’Union européenne en 2024, ni pour l’influenza aviaire, ni pour les variants porcins. L’ECDC insiste toutefois sur deux points. Le premier tient à la mécanique du risque : tant que les virus circulent chez l’animal, des infections humaines sporadiques sont susceptibles de se produire dans les zones où l’exposition non protégée à des animaux infectés ou à des environnements contaminés est possible. Le second relève de l’évolution virale : le réassortiment génétique entre les virus influenza évolue en continu. Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement de recenser les cas, mais d’identifier précocement tout signal d’adaptation aux mammifères, la condition préalable à une transmission interhumaine active.

 

Les scénarios possibles selon l’ECDC

Le scénario le plus probable à court terme reste celui d’une évolution à bas bruit : quelques cas humains rares, dispersés, majoritairement liés à des contacts étroits (professionnels ou domestiques) avec des animaux infectés, sans transmission interhumaine durable. Le scénario de rupture, lui, n’est pas décrit comme imminent, mais il justifie une vigilance accrue relative à l’apparition d’un virus mieux adapté aux mammifères, ou à l’accumulation de signaux concordants (clusters, profils génétiques, changements de tropisme) qui feraient basculer la question de la biosécurité en élevage vers la préparation à un risque pandémique. Dans cette perspective, l’ECDC plaide pour une approche “One Health”, incluant le partage rapide des informations sur les foyers animaux, la caractérisation des virus (via la génomique), la détection et la notification précoces des infections humaines afin d’enquêter immédiatement sur toute suspicion de transmission interhumaine et de déployer des mesures adaptées.

 

L’année 2024 n’aura pas été celle de la bascule vers une situation pandémique, mais des signaux préoccupants sont suffisamment inquiétants pour renforcer la surveillance, quelles que soient les espèces et au-delà des frontières nationales.

 

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