mardi, mars 3, 2026
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Entreprise : quand les animaux de compagnie deviennent aussi des témoins de travail

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Entreprise : quand les animaux de compagnie deviennent aussi des témoins de travail

La place croissante prise par les animaux de compagnie dans la vie des personnes est telle qu’il était possible que certaines entreprises autorisent leur présence. Toutefois, il est nécessaire de suivre certaines règles pour espérer que la présence canine aura une influence positive sur les salariés.

 

Par animal de compagnie, nous entendons un animal familier qui ne produit pas, élevé principalement pour sa compagnie. Que ce soit un chien, un chat, un oiseau, un poisson, un lapin, etc. la liste est longue. En France, depuis 1976, le nombre d’animaux de compagnie a été multiplié par 2,5 pour atteindre aujourd’hui 79 millions. Selon cette même source, 61 % des Français en posséderaient au moins un. Un tel engouement a donné naissance à un business qui ne cesse progressivement de s’étendre. Désormais, il s’étend au-delà des sphères traditionnelles, en abordant l’entreprise. Parfois considéré comme un membre de la famille, l’animal de compagnie est-il en passe de devenir un collègue ?

Aujourd’hui, l’étude de la place de l’animal de compagnie dans l’entreprise pourrait être une problématique plus présente. Tout d’abord parce que le recours à un animal de compagnie peut, dans certaines situations, être indispensable voire obligatoire. Au sens de la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987, le droit d’accès des personnes en situation de handicap accompagnées de leur chien guide ou d’assistance dans tous les lieux, y compris les locaux professionnels, est garanti.

Par ailleurs, plusieurs évolutions invitent de nos jours certains particuliers à sauter le pas de l’adoption d’un animal voire à interpeller leur employeur :

  • l’humanisation de l’animal au point où celui-ci est considéré comme un véritable membre de la famille,
  • les changements démographiques, notamment la baisse de la fécondité, mais aussi une population plus isolée,
  • des modes de vie permettant de nouvelles organisations du travail.

Un vrai bénéfice pour les salariés

Si l’on en croit une enquête récente, 82 % des salariés voient un véritable bénéfice dans la présence de l’animal de compagnie en entreprise. Sur le terrain, les situations rencontrées ne s’avèrent pas simples.

Nous avons tous en tête certaines grandes entreprises de la tech, des start-up, des agences créatives ou des patrons de PME arborant fièrement leur animal de compagnie. L’image se veut idyllique, faisant parfois oublier les limites de cette politique inclusive.

Google est un exemple d’entreprise emblématique montrant des employés heureux d’être accompagnés de leur chien au travail. En France des entreprises, comme Purina ou Dentsu, ont aussi largement communiqué à propos de leur politique d’accueil d’animaux de compagnie en entreprise. L’administration n’est pas en reste. Par exemple, la Mairie de Suresnes a obtenu le label régional « ville amie des animaux ». Et chaque année en France, et ce, depuis 2017, un trophée « Pet Friendly » peut être décerné dans la catégorie « entreprise et monde du travail » !

 

Un impact d’image

D’un côté, les entreprises peuvent y trouver de nombreux avantages. Et les enjeux RH et managériaux sont nombreux. La présence de l’animal peut ainsi présenter un avantage concurrentiel pour attirer des talents. Sa marque employeur révélera une culture d’entreprise plus ouverte, moins décomplexée, plus proche des nouvelles attentes en termes de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) et d’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle, qui prend en compte la vie personnelle des salariés. Elle donne le sentiment d’une entreprise plus humaine et bienveillante qui accepte l’émotionnel, l’affectif, le vivant au travail. L’entreprise pourra arborer des marqueurs culturels de type « Dog Friendly », « pet at work » lui permettant de fidéliser des talents, surtout dans des entreprises où les marges de manœuvre salariales sont plus faibles.

D’autres enjeux peuvent concerner des problématiques de santé et d’implication au travail. Dans le cadre d’une recherche qualitative et quantitative avec mon collègue François Grima de l’Université Paris-Est Créteil, nous avons questionné 133 salariés dont le lieu de travail accueillait un chien.

Concernant le premier volet de l’enquête, il a été question d’analyser la notion d’implication. La recherche témoigne que les jeunes salariés (moins de 25 ans) sont plus impliqués que le reste des individus lorsqu’ils sont accompagnés d’un animal. Cet attachement est également plus marqué chez les femmes que chez les hommes.

Une entreprise plus vivante, plus familière

Par ailleurs, la recherche relève que moins le salaire est élevé et plus l’attachement à l’entreprise est important pour le salarié exerçant au côté de l’animal. Concernant la variable « stress », il est avéré que l’animal a une forte influence concernant les troubles de l’humeur (anxiété, irritabilité, découragement) et les troubles de la tension (maux de tête, nervosité, etc.). Les femmes y sont là encore plus sensibles que les hommes. L’animal contribue à améliorer un cadre de vie et a fortiori de travail. L’entreprise s’avère plus vivante, plus familière.

Les salariés les moins rémunérés semblent les plus attirés par cet environnement. Au sein de l’entreprise, l’animal ne laisse à aucun moment indifférent. Ni le salarié ni l’entourage proche ou éloigné de ce dernier (fournisseur, client, patient…). Il peut se révéler un instrument précieux pour réinventer de nouveaux rapports sociaux. Paradoxalement, il contribue à humaniser les relations humaines.

 

Des enjeux juridiques et réglementaires

Enfin, la présence de l’animal de compagnie en entreprise ne s’improvise pas et peut présenter de nombreuses limites. Il existe ainsi des enjeux juridiques, réglementaires et opérationnels à intégrer. Un chien peut se montrer agressif, aboyer, mordre, dégrader du matériel ou transmettre à l’humain certaines maladies. Des inégalités entre salariés (avec ou sans animaux) – comme celles connues dans le cadre du télétravail – peuvent apparaître. Des salariés peuvent témoigner d’une véritable phobie ou se montrer allergiques à l’égard d’un animal.

TF1 2025.

Dans tous les cas, l’animal se doit d’être éduqué et répondre à des règles d’hygiène et de sécurité. Au regard de son pouvoir de direction, l’employeur peut accepter ou refuser la présence d’un animal dans ses locaux. À ce sujet, le Code du travail oblige l’employeur à prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité physique et mentale de ses salariés au sens de l’article L 4121-1 du Code du travail.

L’employeur peut mentionner l’interdiction des animaux dans le règlement intérieur. Celui-ci fixe les règles de conduite en matière de santé et de sécurité auxquelles les salariés doivent se conformer (article L 1321-1 du Code du travail).
L’autorisation de la présence d’un animal nécessite sans aucun doute une discussion et l’adhésion d’un collectif dans le cadre de règles claires, connues et partagées.

Dans cette même veine, l’application d’une charte semble incontournable. Elle permettra de détailler les types d’animaux autorisés, les conditions d’accès (certificat de vaccins, certificat d’assurance), les conditions comportementales de l’animal en termes d’éducation et de propreté, les zones de présence autorisées ou interdites à l’animal, la responsabilité du propriétaire, et les règles en cas d’incident.The Conversation

Pierre Chaudat, Maitre de Conférences HDR, IAE Clermont Auvergne – School of Management, Université Clermont Auvergne (UCA)

Lire l’article original.

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